14. avr., 2017

Figure 1 - Missel de Litlyngton (Angleterre, XIVe siècle) Westminster Abbey. Chapter Library. Manuscript. 37, folio 157v.

Parmi les multiples facteurs menant à la détérioration d’une enluminure, je vous propose aujourd’hui ce que je nommerai le « baiser liturgique ».

Dans la liturgie catholique, lors de première prière du Canon de la Messe, commançant par Te igitur, le prêtre devait embrasser une image de la Croix dans le Missel ou le Sacramentaire qu’il utilisait. Il est évident qu’une telle pratique ne pouvait qu’endommager l’image peinte. Afin de la préserver, une image plus petite, image « de substitution », était peinte dans la marge inférieure. C’est cette image marginale qui montre les traces d’usure dues au « baiser liturgique ».

 La Figure 1 ci-dessus montre une petite crucifixion dans la marge inférieure. 

Dans d'autres ouvrages liturgiques, on trouve une croix dorée (Figure 2, Morgan Ms. M.331, Missel à l'usage de Châlons sur Marne, France ca. 1400)

 

ou encore une croix stylisée de cette forme :

(Figure 3 : Missel Hollande ca 1400-1410 Haarlem Stadsbibliotheek, Ms. 184 C 2).

 

The "liturgical Kiss"

In the Catholic liturgy, in the course of the 1st prayer of the Mass, starting with Te Igitur, the priest had to kiss the image of the Cross in the Missal or Sacramentary he was using. It is obvious that such practice could only damage the painted image. In order to preserve it, a smaller image was painted in the lower margin, as a substitute, and it is this image that would be kissed by the priest. Such marginal images could either represent the Crucifixion (Figure 1 above) or a golden cross (figures 2 and 3).

26. févr., 2017

Fig. 1 : BL Royal Ms. 6 VI-1 folio 205v (détail) - Omne Bonum – Angleterre - c. 1360-c. 1375.

L'Omne bonum est une enclyclopédie écrite en Angleterre au XIVe siècle par Jacques le Palmer, clerc de l'Échiquier à Londres (administration financière). Il s'agit en fait d'une compilation, puisque Jacques le Palmer a cumulé plus de 1350 notices, classées par ordre alphabétique, empruntées à des auteurs grecs, latins, arabes, juifs, des Pères de l'Église, etc.

Ce manuscrit a attiré mon attention par les dessins esquissés à la mine de plomb dans certaines marges, à côté des initiales historiées. Instructions visuelles et non plus écrites, certaines sont encore bien visibles, d'autres doivent presque être devinées.

Plusieurs hypothèses sont émises par les chercheurs pour les croquis marginaux : il s'agirait là d'instructions pour l'enlumineur, ou bien d'aide-mémoire dessinés par l'artiste lui-même pour son usage personnel (ce n'est pas le cas pour l'Omne bonum, puisque les enluminures ont été peintes après la mort de Jacques le Palmer), mais cette fois d'instructions visuelles et non plus écrites, comme les lettres d'attente. Ces instructions visuelles sont plus rares que les instructions écrites, ou du moins en a-t-on moins conservé la trace, soit qu'elles aient été recouvertes par la peinture de la miniature, soit qu'elles aient été effacées volontairement, ou coupées lors du travail de reliure du manuscrit. Dans la Figure 2 ci-dessous, la miniature a été réalisée dans le sens inverse du croquis.